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Heures supplémentaires dans le BTP : comment les compter

C'est le sujet qui revient le plus souvent en litige, et celui qu'on traite le plus approximativement. Non par mauvaise foi, mais parce que le décompte se fait à la semaine alors que la paie se fait au mois, et que le terrain ne se plie pas aux semaines calendaires. Voici comment poser les choses.

Le décompte est hebdomadaire, pas mensuel

C'est la source d'erreur numéro un. L'heure supplémentaire est celle effectuée au-delà de la durée légale hebdomadaire de 35 heures, appréciée sur une semaine civile — en principe du lundi 0 h au dimanche 24 h.

Un salarié qui fait 45 heures une semaine et 25 la suivante a effectué 10 heures supplémentaires, pas zéro. La compensation d'une semaine sur l'autre n'existe pas, sauf dispositif d'aménagement du temps de travail expressément mis en place dans l'entreprise.

Heures supplémentaires=heures effectuées dans la semaine−35

Les taux de majoration

Sauf accord d'entreprise ou convention collective prévoyant un taux différent — et la vôtre peut le faire, vérifiez-la —, les majorations légales sont :

Heures dans la semaineMajoration
De la 36ᵉ à la 43ᵉ heure+ 25 %
À partir de la 44ᵉ heure+ 50 %

Un accord collectif peut fixer un taux inférieur, sans descendre sous 10 %. C'est pourquoi le premier réflexe est toujours de lire votre convention collective avant d'appliquer les taux légaux.

Le contingent annuel, et ce qui se déclenche au-delà

Chaque salarié dispose d'un contingent annuel d'heures supplémentaires. À défaut d'accord, il est de 220 heures par an. Votre convention collective peut le relever ou l'abaisser.

Dépasser ce contingent n'est pas interdit, mais cela déclenche deux choses : la consultation des représentants du personnel s'il en existe, et surtout une contrepartie obligatoire en repos, qui s'ajoute à la majoration — elle ne la remplace pas.

C'est le point que beaucoup d'entreprises découvrent trop tard, parce que personne ne suit le cumul annuel par salarié. Un compteur qui tourne toute l'année évite la mauvaise surprise de novembre.

Les plafonds à ne pas franchir

Indépendamment du paiement, la durée du travail reste plafonnée. Les limites usuelles : 10 heures par jour, 48 heures sur une semaine, et 44 heures en moyenne sur douze semaines consécutives. Des dérogations existent, encadrées.

Dans le bâtiment, les semaines de rattrapage après intempéries sont exactement le moment où ces plafonds sautent sans qu'on y prenne garde. Un suivi hebdomadaire, même sommaire, vous alerte avant le dépassement.

Repos compensateur ou paiement ?

Un accord peut prévoir de remplacer le paiement des heures supplémentaires par un repos équivalent, majoration comprise : une heure majorée à 25 % ouvre alors droit à 1 h 15 de repos. C'est un outil utile dans le bâtiment, où l'activité est saisonnière — mais il suppose un cadre écrit, pas un arrangement verbal en fin de chantier.

Questions fréquentes

Les heures supplémentaires doivent-elles être demandées par l'employeur ?

En principe oui : elles s'effectuent à la demande de l'employeur. Mais la demande peut être implicite. Si vous confiez une tâche qui ne peut pas être tenue dans l'horaire, ou si vous laissez un salarié dépasser semaine après semaine sans rien dire, l'accord est considéré comme donné. Le silence n'est pas une protection.

Le temps de trajet compte-t-il dans les heures supplémentaires ?

Le trajet domicile-chantier n'est en principe pas du temps de travail effectif, donc il n'entre pas dans le décompte. En revanche, dès lors que le salarié passe par le dépôt pour charger ou prendre un véhicule, le temps entre le dépôt et le chantier est généralement du temps de travail — et il compte.

Peut-on payer les heures supplémentaires en prime ?

Non. Une prime forfaitaire ne vaut pas paiement d'heures supplémentaires si elle n'est pas adossée à un décompte. En cas de litige, l'employeur doit démontrer quelles heures ont été effectuées et comment elles ont été payées ; une prime globale ne le démontre pas.

Comment suivre le contingent annuel de chaque salarié ?

En cumulant, semaine après semaine, les heures effectuées au-delà de 35 pour chacun. C'est mécanique, mais illisible à la main dès qu'on dépasse quelques salariés. Un décompte pointé le fait sans intervention.

Ce guide expose le cadre légal général en vigueur à la date de publication, à titre d'information. Ce n'est pas un conseil juridique : votre convention collective ou un accord d'entreprise peut prévoir des règles différentes, et les textes évoluent. Pour une situation précise, rapprochez-vous de votre expert-comptable, de votre organisation professionnelle ou de l'inspection du travail.